Chères adhérentes, chers adhérents,
La France est devenue, au deuxième trimestre 2026, la championne européenne des versements de dividendes. Selon Janus Henderson, les entreprises françaises ont distribué près de 61 milliards d’euros à leurs actionnaires entre avril et juin 2026.
Un chiffre spectaculaire, qui place la France devant l’Allemagne et illustre la puissance financière de ses grandes entreprises cotées. Pour les marchés, cette capacité à rémunérer les actionnaires est un signe de solidité. Pour les salariés, et votre Fédération CFTC Banques, elle pose surtout une question essentielle : comment mieux partager la richesse produite par l’entreprise ?
Les dividendes ne sont évidemment pas illégitimes. Ils rémunèrent le risque pris par les actionnaires et participent à l’attractivité du financement des entreprises. Mais leur progression doit être mise en regard de celle des salaires, de l’emploi et de l’investissement. Lorsque des dizaines de milliards d’euros sont distribués en quelques mois, il est légitime de s’interroger sur la part de la valeur créée qui revient à celles et ceux qui contribuent quotidiennement à la produire.
Cette question est particulièrement importante dans le secteur financier. Banques, assureurs et grandes sociétés de gestion évoluent dans un environnement où la rentabilité, les fonds propres et la rémunération du capital occupent une place centrale. Or, derrière les performances financières se trouvent des salariés : conseillers, chargés de clientèle, informaticiens, fonctions supports, analystes, commerciaux ou encore personnels des agences. Leur travail participe directement à la création de valeur et à la solidité des entreprises.
Dans une logique CFTC, l’enjeu n’est donc pas d’opposer systématiquement capital et travail, mais de rechercher un meilleur équilibre. Une entreprise performante doit pouvoir rémunérer ses actionnaires, investir pour préparer l’avenir et reconnaître, dans le même temps, la contribution de ses salariés. La participation, l’intéressement, les dispositifs d’épargne salariale et surtout la progression des rémunérations peuvent constituer des leviers concrets pour mieux associer les salariés aux résultats de leur entreprise.
Le débat sur les dividendes intervient ainsi au cœur d’une question devenue centrale dans l’actualité française : celle du partage de la richesse. La performance financière des entreprises ne peut être considérée comme une fin en soi. Elle doit aussi permettre de financer l’investissement, de soutenir l’emploi et d’améliorer le pouvoir d’achat.
La France peut se féliciter d’être une grande place financière et d’attirer les capitaux. Mais cette réussite sera durablement acceptée si elle bénéficie aussi à ceux qui créent la richesse au quotidien. Être championne d’Europe des dividendes ne devrait donc pas seulement être un motif de satisfaction pour les actionnaires : cela doit aussi être l’occasion de renforcer le partage de la valeur avec les salariés.